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Le Bulletin - juillet 1998

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Le Bulletin - juillet 1998

Dans ce numéro

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Mot du président

John Doornbos

Ce numéro du bulletin a été conçu dans le but d'appuyer sur le thème de notre réunion annuelle de cet automne. Le thème est Se préparer pour le 3è millénaire et nous allons considérer la génétique et la biotechnologie. Ce dernier est devenu une question très importante et de haut profil, surtout dans le domaine de l'agriculture. Elle a également le potentiel de devenir très importante dans le domaine de la foresterie. Suite à la base de terres productives qui diminuent et les demandes de pratiquer une foresterie plus extensive, les arbres développés par le génie génétique à pousser plus vite, à résister aux maladies et aux insectes ou aux herbicides pourraient devenir utiles à faire face aux demandes de l'approvisionnement en bois et d'une foresterie moins intrusive. Toutefois, des risques et des questions éthiques significatives doivent être résolues avant qu'on nous permette de prendre avantage de ces occasions technologiques. Comme tout le monde le sait, un haut profil n'est pas toujours un bon profil. Mais une bonne science peut assurer qu'un haut profil est un bon profil. Les articles dans ce numéro sont conçus à nous préparer ou à nous présenter des questions et des aspects de la science qui seront discutées à la réunion annuelle. J'attends à vous y voir.

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Sondage de l'industrie relatif à une coopérative canadienne pour la biotechnologie au peuplier

Jim Richardson
Directeur technique

Dans plusieurs régions du Canada, l'intérêt de l'industrie forestière à l'aménagement intensif de plantations pour l'approvisionnement en bois et en fibre s'augmentent, à mesure que les forêts naturelles disponibles à récolter sont de plus en plus loins des usines de transformation et qu'elles deviennent réservées à la conservation et pour des fins environnementaux. Beaucoup de compagnies qui utilisent couramment des peuplements naturels de tremble ou de peuplier cherchent à développer des génotypes supérieurs de peuplier hybride et de tremble comme source alternative d'approvisionnement. Des compagnies individuelles et d'autres organisations qui veulent poursuivre l'amélioration génétique du peuplier sont devenues impliquées aux coopératives, basées principalement aux É.-U., et conçues dans le but de porter au maximum la coopération dans la recherche requise.

Le Service canadien des forêts a identifié le besoin d'une coopérative ou d'un consortium spécifiquement canadienne qui adresserait des priorités particulières de recherche au Canada telles que l'introduction de gènes pour la résistance aux champignons et qui pourrait traiter du processus réglementaire au Canada. Comme une des premières étapes vers l'établissement d'une coopérative canadienne sur la biotechnologie au peuplier, le Service canadien des forêts a demandé au Conseil du peuplier du Canada de se charger d'un sondage d'industries canadiennes qui utilisent le peuplier afin de déterminer plus précisement le niveau d'intérêt qui pourrait exister à une telle coopérative. Le sondage a été effectué au moyen des visites personnelles par le directeur technique du Conseil à des membres corporatifs industriels de l'organisation, aussi bien qu'à d'autres compagnies canadiennes qui utilisent le peuplier (22 visites en totale), afin de discuter l'idée d'une coopérative et de déterminer le niveau d'intérêt et les priorités pour la recherche perçues par l'industrie.

Le résultat le plus significatif du sondage est la conclusion que la plupart des compagnies visitées ont exprimé un intérêt positif à la possibilité d'une coopérative canadienne sur la biotechnologie au peuplier. Aucune compagnie ne s'est exprimée sans intérêt à une telle coopérative sous aucun prétexte. Presque toutes ont dit qu'elles consideraient la possibilité de participer à une coopérative à un niveau ou un autre, bien que quelques-unes préfèrent surveiller les développements dans ce domaine qu'à chercher accès aux arbres améliorés au plus tôt possible.

Néanmoins, l'expression d'intérêt était entourée, dans la plupart des cas, d'une ou de plusieurs réserves. La coopérative doit être nettement axée sur des questions importantes pour l'industrie et elle ne doit pas être dirigée dans l'intérêt de la science seulement, mais elle doit avoir plutôt d'objectifs nets et réalisables. La coopérative doit adresser des questions importantes aux régions. La grandeur et la diversité géographique des conditions de croissance et des questions au Canada sont un élément important. La coopérative doit offrir plus que les coopératives qui existent déjà, basées principalement aux É.-U., fournissent ou peuvent fournir. Les caractéristiques d'intérêt pour l'amélioration du peuplier varient beaucoup, mais une croissance améliorée est considérée comme importante presque partout.

Le coût de participer à une coopérative canadienne sur la biotechnologie aux peupliers n'est pas en général une grande question, et toutes les compagnies seraient contentes de fournir des cotisations en nature pour le fonctionnement d'une coopérative. La question de si une coopérative devrait avoir une seul niveau de membres ou si elle devrait permettre un niveau de membres titulaires et un autre seulement pour information est une question qui sème la discorde. Quelques interviewé(e)s croient qu'on doit avoir un seul niveau de membres. D'autres ont fait bien comprendre qu'ils considéreraient seulement, au moins au début, participer à un niveau d'information ou d'observation.

En ce qui concerne l'objectif d'une coopérative, l'industrie a exprimé l'intérêt le plus grand à la possibilité d'obtenir des produits concrets – c'est à dire des plants améliorés. Il y avait une reconnaissance partout du besoin de l'aide q'une coopérative pourrait fournir avec les complexités des processus réglementaires canadiens. Le rehaussement de connaissance dans le secteur des forêts et du grand publique des bénéfices de la biotechnologie au peuplier a été reconnu comme besoin qu'une coopérative canadienne pourrait satisfaire, mais quelques-unes des plus grandes compagnies pensaient que leurs propres directions corporatives des relations publiques pourraient y s'occuper.

Pour beaucoup de compagnies, la biotechnologie au peuplier n'est nettement pas une priorité élevée relative à leurs préoccupations opérationnelles immédiates. En effet il existait de la confusion relative au type d'aide qu'une coopérative pourrait fournir. Il est évident dans ce contexte qu'une organisation qui pourrait, en court terme, fournir de l'aide pratique aux programmes en cours d'amélioration d'arbres, y compris la sélection clonale et l'établissement de plantations de teste conventionnelles, gagneraient beaucoup d'amis d'industrie.

La conclusion principale à tirer du sondage est qu'il existe un appui industriel potentiel nettement suffisant à justifier la pursuite continue de l'établissement d'une coopérative canadienne sur la biotechnologie aux peupliers. Toutefois, une discussion et un débat plus profonde des objectifs, de la structure et du fonctionnement de l'organisation seront nécessaires avec tous les intéressés (l'industrie, les organisations scientifiques et les compagnies de biotechnologie) avant qu'une coopérative puisse être lancée avec succès.

Le Service canadien des forêts continue de marcher en tête vers l'établissement d'une coopérative. Le Conseil du peuplier est prêt à continuer de travailler avec le Service canadien des forêts vers ce but. Nous croyons que le Conseil pourrait jouer un rôle dans la coordination d'une telle coopérative, avec des bénéfices pour tous.

De plus amples informations sur les résultats du sondage d'industrie sont disponibles du directeur technique.

 

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Introduction à la biotechnologie

Pierre J. Charest
Directeur intérimaire, Planification et évaluation, Direction des Sciences,
Service canadien des forets

Qu'est-ce que c'est que la biotechnologie?

Dans son sens le plus large, la biotechnologie est l'emploi d'organismes vivants ou de leurs processus pour la production de biens ou de services. Le mot même n'est pas nouveau et fut d'abord utilisé en 1919 par Karl Ereky, ingénieur hongrois, pour dénoter la production d'articles à partir de matériaux bruts au moyen d'organismes vivants. De ce point de vue, une grande variété d'aliments sont des produits de la biotechnologie, tels que la bière, le vin, le fromage et le pain (repas parfait!!!) qui sont tous dérivés de l'utilisation d'organismes vivants comme la levure et les bactéries. De plus, l'amélioration génétique des plantes (cultures vivrières et arbres), qui est essentiellement le résultat de la combinaison de séries de gènes afin d'obtenir des caractéristiques désirées, peut être considérée comme de la biotechnologie.

Ces derniers exemples sont plutôt associés avec ce qu'on appelle souvent la biotechnologie conventionnelle. L'ère de la biotechnologie nouvelle a débuté pendant les années 1970 avec la manipulation de l'ADN, l'essence du code génétique de tous les organismes vivants. L'ADN est le sigle de l'acide désoxyribonucléique qui est dérivé de la molécule de sucre. L'ADN code pour l'ARN (acide ribonucléique) qui est ensuite traduit en protéines par la machinerie cellulaire. Les protéines servent comme enzymes ou comme molécules structurales. La molécule d'ADN assure en même temps l'expression des caractéristiques individuelles d'un organisme et la transmission de sa nature héréditaire.

Cette nouvelle biotechnologie fut d'abord appliquée aux bactéries comme Escherichia coli (organisme ubiquitaire) afin de déchiffrer ses sentiers métaboliques et d'utiliser la manipulation de l'ADN pour la production de substances biochimiques. La manipulation de l'ADN fut rendue possible par la découverte d'enzymes cellulaires qui coupent, modifient et lient des morceaux de l'ADN. Essentiellement, les chercheurs ont copié les mécanismes cellulaires afin de leurs permettre de manipuler l'ADN. Dans un certain sens, c'est la biotechnologie appliquée à la biotechnologie. Les chercheurs travaillent avec la nature pour produire des caractéristiques désirables.


Qu'est-ce que c'est que la génie génétique?

Avec une connaissance accrue des gènes, des processus cellulaires et des protéines qu'ils codent, est apparue la possibilité de construire des organismes à des fins spécifiques. La génie génétique ou les techniques de l'ADN recombinant ont permis le transfert d'information génétique spécifique ou des informations (ou des traits) héréditaires d'un organisme à un autre. Lorsque l'ADN est transféré, les organismes modifiés manifestent les gènes qui leur donnent de nouvelles caractéristiques.

La génie génétique est une façon plus précise de faire l'amélioration génétique traditionnelle; bien que la différence soit reliée à la possibilité de transférer des gènes entre espèces et même entre règnes. Ceci permet de court-circuiter le cycle vital des organismes vivants. Le potentiel de la manipulation génétique est quasi illimité. Le mot génie signale l'action de planification et de production de gènes à des fins spécifiques.

Le développement des variétés de plantes résistantes aux herbicides ou aux insectes sont des exemples connus de génie génétique.


Le génie génétique, est-il vraiment illimité?

La seule limite au génie génétique est l'imagination et la créativité humaine. En plus de la possibilité de transférer de gènes d'un organisme vivant à un autre, il est possible de faire la synthèse chimique de gènes (qui sont composés de molécules) qui codent pour des caractéristiques qu'on ne trouve pas dans la nature. Ce travail se fait souvent au moyen de la simulation par ordinateur afin d'étudier les types de modification que l'ADN synthétique amènera dans la protéine traduite à partir de l'ARN. Ce type de technologie s'appelle le génie protéique.

Un exemple bien connu du génie protéique est illustré par le gène de la ð-endotoxine de Bacillus thuringiensis qui a été synthétisé chimiquement et son expression optimisé pour une meilleure spécificité et une efficacité améliorée.


Pourquoi est-ce qu'il y a tant de battage publicitaire autour du génie génétique (ou la nouvelle biotechnologie)?

Le génie génétique (ou la nouvelle biotechnologie) est une science récente avec un potentiel formidable qui laisse déjà entrevoir des réalisations importantes. Cependant, l'utilisation de la biotechnologie reliés à l'être humain soulève des questions morales sérieuses. Comme toute technologie nouvelle, le grand publique est souvent peu informé sur le sujet et les informations disponibles dans les médias ont tendance à présenter les aspects sensationnels de son application tels que la multiplication par clonage du mouton Dolly. Il y a aussi certains qui s'inquiètent des effets défavorables potentiels sur la santé des humains et des écosystèmes. Le gouvernement et l'industrie fournissent de plus en plus d'information sur le sujet afin d'assurer une discussion profitable autour des questions soulevées par l'utilisation de la biotechnologie.

Deux sondages d'opinion (1998 et 1994) parrainés par le gouvernement fédéral ont démontré que le publique supporte l'utilisation de la biotechnologie forestière, en particulier, pour la protection de nos forêts contre les ravageurs.


Les questions de sécurité, d'éthique et de société reliées à la biotechnologie sont-elles prises en considération?

Les questions reliées à la biotechnologie sont prises en considération à des niveaux différents. Pour les questions de sécurité, le gouvernement fédéral possède un cadre réglementaire compréhensif basé sur la science qui tient compte des aspects environmentaux et industriels de l'application de la biotechnologie. Le gouvernement fédéral fait également de la recherche qui tente de détérminer les impacts potentiels des produits nouveaux de la biotechnologie sur la santé des humains et des écosystèmes.

Les questions morales et sociales sont considérées au niveau politique au Canada par les ministres responsables des dossiers associés à la biotechnologie tels que la santé et l'agriculture. Un Conseil consultatif national sur la biotechnologie sera établi au Canada sous peu pour fournir des conseils au gouvernement fédéral sur toutes questions reliées à la biotechnologie.


Pourquoi utiliser la biotechnologie?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles des pays comme le Canada et des entreprises commerciales font des investissements en biotechnologie. Cette science fournit des outils puissants et des nouveaux produits qui augmentent la rentabilité des entreprises commerciales, et qui contribuent au développement d'une économie nouvelle basée sur les connaissances. De plus, avec les problèmes imminents reliés à la surpopulation, la biotechnologie peut contribuer à une productivité accrue en agriculture et en foresterie.


Et la biotechnologie en foresterie?

La biotechnologie en foresterie a déjà eu un impact significatif avec l'utilisation de Bacillus thuringiensis comme insecticide biologique et l'utilisation de la culture tissulaire (l'utilisation de morceaux de plantes pour régénérer de nouvelles plantes identiques à la plante mère) pour la propagation de génotypes élites d'arbres. Elle s'utilise aussi pour faciliter le traitement des effluents des usines de pâtes et papier, et pour la production de pâtes biologiques. La biotechnologie à un potentiel pour:

- la régénération forestière p.ex. amélioration d'arbres, propagation des arbres et contrôle des mauvaises herbes;

- la protection des forêts p.ex. arbres résistants aux ravageurs et biopesticides;

- la transformation des produits du bois p.ex. bio-pulpage et préservation du bois;

- le traitement des effluents d'usines p.ex. enzymes et micro-organismes pour dégrader les polluants;

- bioremediation p.ex. l'utilisation d'arbres pour éliminer ou contenir les matériaux contaminés (métaux lourdes, substances chimiques organiques) au sol; et

- la colonisation ou la restauration de sites p.ex. utilisation d'arbres pour coloniser des sites ravagés.


Quel est l'état de la recherche en biotechnologie forestière au Canada?

En général, lee Canada a joué un rôle primordial dans la recherche scientifique reliée à la biotechnologie. En particulier, les travaux de recherche canadiens sur les cultures tissulaires d'arbres, sur les biopesticides et, sur le génie génétique des arbres et des biopesticides sont en tête au niveau mondial. Toutefois, le secteur forestier est relativement lent à adopter ces nouvelles technologies.

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Génie génétique chez le peuplier: point de vue d'un forestier opérationnel

Cees van Oosten
Pacifica Poplars, Pacific Papers Ltd.
Parksville (C.-B.)

Depuis 1987, Pacifica Poplars (autrefois MB Poplar) a aménagé les peupliers hybrides, d'abord sur une base expérimentale (jusqu'à 1993), puis sur une base opérationnelle. Il y a environ six ans le Dr. Steve Strauss de l'université Oregon State m'a approché afin de déterminer s'il existait de l'intérêt à la génie génétique de peuplier. Lorsqu'une masse critique de compagnies intéressées voulait appuyer le concept, la TGERC (Tree Genetic Engineering Research Cooperative) a été organisée et nous sommes devenus membre. Les compagnies et les organisations qui appuyent la TGERC comprennent des compagnies qui sont actives à l'aménagement des peupliers (Pacifica Poplars, Boise Cascade, Potlatch, Fort James) et des compagnies avec un intérêt scientifique qui considèrent que la recherche coopérative est très effective en termes de coût (l'approche coopérative a l'effet de levier les efforts d'une compagnie beaucoup de fois au moyen des subventions concurrentielles de l'extérieur). Le peuplier est la meilleure essence à utiliser car il est relativement facile à transformer, il a un génome petit, il pousse vite, et il peut être propager de façon asexuelle. Autrement dit, c'est une essence idéale pour l'étude de la science de transformation d'arbres.

De mon point de vue, il y a cinq dimensions à la génie génétique:

1. la dimension biologique/technique

2. la dimension environnementale

3. la dimension politique/sociale

4. la dimension réglementaire

5. le marais des droits de propriété intellectuelle.

1. La dimension biologique et technique est le domaine de chercheurs très spécialisés qui parlent une langue d'eux-mêmes. Au client non-initié (qui paie la facture) ce sujet peut être très embrouillant et peut entraîner un mauvais contrôle du processus entier. C'est ici où l'enthousiasme et l'énergie des chercheurs pourraient échapper à toute autorité et où de bonnes communications et un contrôle étroit du projet sont absolument essentielles à la viabilité des efforts en longue terme. La TGERC est une coopérative scientifique et son objectif est de faire la recherche; le Dr. Steve Strauss consacre donc beaucoup de temps à communiquer avec les membres afin d'assurer que la coopérative ne s'écarte pas du bon chemin. Il y a au moins une réunion scientifique par année pendant laquelle les membres-compagnies peuvent se mettre au courant du progrès et pendant laquelle les priorités peuvent être établies. Ces plans et ces priorités sont discutées ensuite aux réunions d'affaires (parfois deux fois par année) dans lesquelles les décisions sont prises relatives à la direction et aux budgets pour l'année suivante.

De point de vue biologique et technique, la TGERC a dépassé toute espérance. Il existe déjà, par exemple, de peupliers résistants à Roundup en utilisant la méthode Agrobacterium à insérer le gène responsable. Ce gène appartient à la compagnie Monsanto qui l'a rendu disponible pour cette recherche. La TGERC a identifié les gènes homéotiques de la floraison au peuplier qui pourraient jouer un rôle dans la stérilité ou qui pourraient stimuler la floraison plus précoce, utile à la reproduction.

Le progrès est renversant; la technologie s'avance à vitesse vertigineuse et les chercheurs de la TGERC peuvent tourner ça à leur avantage de façon productive.

 

2. La dimension environnementale traite de la relation entre l'organisme transgénique et l'environnement où il se trouve et où il est mis en plantation (planifiée ou non-planifiée). Un des objectives de la TGERC a toujours été de déterminer ce qui se passe aux gènes une fois libérés dans l'environnement. Un grand projet est en train présentement à déterminer ça. Ce projet a été financé d'abord par la TGERC et ainsi par des cotisations des membres. Le projet a gagné tant de succès que son financement vient maintenant de l'extérieur de la TGERC à partir de subventions concurrentielles. Voici un exemple de la multiplication énorme et extrêmement efficace de nos cotisations à la TGERC.

Afin de faire face aux défis des soucis environnementaux potentiels, la TGERC a pris dès l'abord la décision de porter son attention aux questions de la stérilité et une grande partie de ses efforts y sont consacrée.

 

3. La dimension politique/sociale est le domaine des questions délicates et difficiles. Comme la plupart savent déjà, des questions politiques et sociales sont posées relatives aux organismes transgéniques. Nous avons déjà la tomate FlavourSaver, les sojas et le colza Roundup-Ready, le coton BT, etc. Il y a beaucoup d'informations fausses et beaucoup de soucis à cause de l'ignorance. Est-ce qu'une culture comme le peuplier entraînera de soucis semblables, ou est-ce que ceux sont reliés seulement aux cultures comestibles? Est-ce que le papier fait des peupliers résistants à la glyphosate est acceptable?

 

4. La dimension réglementaire traite des régulateurs fédéraux. Je m'attends à ce que le processus réglementaire soit plus simple parce qu'il ne s'agit pas d'une culture alimentaire. La TGERC s'est rendu compte dès l'abord que la biosécurité pourrait être rehaussée en rendant stérile la culture transgénique. Ce ne serait pas peut-être une exigence, mais je n'accepterais pas comme client de présenter aux régulateurs une culture qui fait tout ce que nous désirons, sauf d'être stérile, lorsque la stérilité se trouve un souci principal. On ne peut pas se permettre de reculer au début.

 

5. Le marais des droits de propriété intellectuelle existe et c'est un grand souci. Les compagnies biotechnologiques se disputent en tribunal les brevets utilisés et contrefaits, etc. Le litige en tribunal pourrait prendre des années et pourrait empêcher le progrès. De ma perspective simpliste, ça me plairait d'obtenir une culture de peupliers tolérants à la glyphosate, mais est-ce que nos moyens le permettent? Les arbres ayant été transformés en utilisant la méthode Agrobacterium, y aura-t-il une contestation entre la compagnie à laquelle appartient le brevet de cette technologie et la compagnie à laquelle appartient le gène glyphosate. Qu'est-ce que cela fait si on voulait insérer ce gène de stérilité et aussi un gène BT ou plus d'un gène BT? Est-ce qu'on peut toujours jouer et est-ce qu'on a les moyens?

Quant au futur, il y a un autre fait nouveau – on peut donner la résistance stable aux maladies aux variétés élites de peupliers hybrides. La PMGC (Poplar Molecular Genetics Cooperative) dirigée par le Dr. Toby Bradshaw de l'Université de Washington, à laquelle nous adhérons également, pourra bientôt isoler et multiplier par clones les gènes majeurs de résistance à la rouille de peuplier qui peuvent ensuite être transférés à des clones élites, en utilisant la technologie de la TGERC. Ici on peut utiliser les gènes du genre Populus même et on pourra obtenir les résultats désirés sans le travail des méthodes traditionnelles de reproduction qui prennent beaucoup de temps.

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Cadre réglementaire fédéral régissant les produits de biotechnologie

Anne-Christine Bonfils
Conseillère scientifique
Service canadien des forêts

L'un des progrès les plus récents de la biotechnologie est la capacité de transférer des gènes entre des organismes non apparentés grâce au génie génétique. L'amélioration des techniques de génie génétique appliquées aux arbres permet en effet aujourd'hui de transférer des caractères génétiques uniques dans des génotypes supérieurs et d'y intégrer ainsi des caractères choisis, comme un cycle de croissance abrégé, la tolérance aux ravageurs et aux maladies, la résistance aux herbicides et des fibres de haute qualité. Malgré les énormes avantages qu'ils offrent parfois, les organismes génétiquement modifiés n'en soulèvent pas moins un certain nombre de questions importantes concernant la sécurité et la diversité génétique au sein des espèces, qu'ils soient ou non issus du génie génétique. Il importe donc de mettre en place une réglementation stricte, fondée sur des données scientifiques, qui assurera que les produits de biotechnologie satisfont à des normes élevées en matière de santé humaine et de sécurité de l'environnement. Cette réglementation doit en même temps être souple et efficace pour ne pas imposer un fardeau inutile à une industrie en développement.

En janvier 1993, les ministères fédéraux responsables de la réglementation ont convenu de mettre en place un cadre réglementaire régissant les produits issus de la biotechnologie. Fondé sur des principes fondamentaux visant à instaurer un système réglementaire protégeant efficacement la santé et la sécurité de l'environnement et des êtres humains, ce cadre donne suite aux engagements internationaux qu'a pris le Canada dans le cadre de la Commission du développement durable des Nations Unies et la Convention des Nations Unies sur la biodiversité. L'harmonisation avec les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est aussi un élément important. Ces principes sont les suivants :

  • maintenir des normes nationales rigoureuses pour la protection de la santé des travailleurs, de la population en général et de l'environnement;
  • recourir à la législation actuelle et aux organismes de réglementation pour préciser les responsabilités et éviter les chevauchements;
  • continuer d'élaborer des directives précises sur l'évaluation des produits de biotechnologie qui soient en harmonie avec les priorités nationales et les normes internationales;
  • fournir une solide base de données scientifiques à partir de laquelle évaluer les risques et les produits;
  • assurer que les processus d'élaboration et d'application de la réglementation canadienne sur la biotechnologie soient ouverts et prévoient des consultations;
  • favoriser la prospérité et le bien-être des Canadiens et des Canadiennes en créant un climat propice à l'investissement, au développement, à l'innovation et à l'adoption de produits et de procédés de la biotechnologie durables au Canada.

Les produits et procédés de biotechnologie sont ainsi régis par les ministères et organismes qui sont responsables par ailleurs de la réglementation des produits équivalents développés au moyen des techniques et procédés classiques. L'autorité législative fédérale en matière d'évaluation de la santé et de l'environnement dans le domaine de la biotechnologie forestière relève de plusieurs lois : la Loi sur les semences, pour les arbres; la Loi sur la protection des végétaux, pour les importations; la Loi sur les engrais, pour les biofertilisants et les mycorrhizes; la Loi sur les produits antiparasitaires, pour les agents de lutte contre les parasites microbiens; et la Loi canadienne sur la protection de l'environnement, pour les microorganismes utilisés dans l'industrie des pâtes et papiers. La Loi sur les semences, la Loi sur la protection des végétaux et la Loi sur les engrais sont administrées par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), la Loi sur les produits antiparasitaires, par l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, et la Loi canadienne sur la protection de l'environnement, par Environnement Canada. Un comité interministériel se réunit régulièrement pour coordonner l'élaboration, l'amélioration et l'application de ces lois et règlements. Le Service canadien des forêts participe au processus en fournissant aux ministères et agences mentionnés ci-dessus son expertise scientifique et technique concernant les produits de biotechnologie utilisés dans le secteur forestier.

La Loi sur les semences, par exemple, régit l'inspection, les tests, la qualité et la vente des semences au Canada. Son règlement d'application a été modifié au début de 1997 pour clarifier les exigences relatives aux renseignements à fournir sur l'innocuité environnementale des végétaux (y compris les arbres) présentant des caractères nouveaux avant l'approbation de leur dissémination. Les essais au champ en milieu confiné sont autorisés à condition que les interactions avec l'environnement soient réduites au minimum et que les matières soient soumises à une surveillance étroite. La dissémination non confinée est autorisée, avec ou sans réserves, après une série d'évaluations exhaustives cas par cas de l'innocuité environnementale. Ces évaluations doivent notamment déterminer précisément les caractères des nouvelles protéines et du végétal modifié, établir le pouvoir d'enherbement et d'envahissement, déterminer la capacité de transférer de l'information génétique aux espèces apparentées, et évaluer le risque de devenir un parasite, d'avoir des interactions indésirables avec d'autres organismes du milieu et d'avoir un impact négatif sur la biodiversité. Le Service canadien des forêts, en collaboration avec les agences provinciales de réglementation, examine actuellement les lignes directrices réglementaires relevant de la Loi sur les semences pour s'assurer qu'elles peuvent être adéquatement appliquées aux arbres.

L'ACIA a autorisé la tenue des premiers essais au champ en milieu confiné d'arbres génétiquement modifiés en vertu de la Loi sur les semences à Valcartier, près de Québec. Ces essais, exécutés par le Centre de foresterie des Laurentides du Service canadien des forêts, se font sur une parcelle lot de 900 m2 et portent sur des peupliers (Populus alba x grandidentata) génétiquement modifiés pour contenir deux gènes marqueurs.

La Loi canadienne sur la protection de l'environnement sert de « filet de sûreté » au cadre réglementaire canadien régissant les produits de biotechnologie. Elle régit tous les nouveaux produits de biotechnologie dont les impacts sanitaires et environnementaux n'ont pas été évalués en vertu d'autres lois et règlements fédéraux, et assure ainsi que le cadre ne comporte pas de lacunes.

Pour en savoir davantage sur le Cadre réglementaire canadien régissant les produits de biotechnologie, et notamment sur la réglementation des arbres génétiquement modifiés, on peut communiquer avec le Bureau de la biotechnologie, Agence canadienne d'inspection des aliments, 59 Camelot Dr., Nepean (Ontario) K1A 0Y9 (tél. : 613-225-2342, fax : 613-228-6604).

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Le génie génétique du peuplier

Armand Séguin
Chercheur Scientifique
Centre de foresterie des Laurentides
Service canadien des forêts

Comme nous l'avons déjà mentionné, la biotechnologie forestière regroupe plusieurs technologies, dont la culture in vitro (embryogenèse somatique), la microbiologie et l'utilisation de l'ADN recombinant, ou génie génétique. Dans cette section, je vais décrire les techniques de pointe utilisées pour introduire un gène d'intérêt économique chez le peuplier ainsi que les différents progrès réalisés dans ce domaine.


Historique

Les programmes d'amélioration génétique du peuplier sont en place depuis plusieurs années et visent essentiellement l'identification de génotypes supérieurs quant à des caractéristiques physiologiques telles la croissance et d'autres traits d'importance sylvicole ou quant à leur résistance à différents stress biotiques et abiotiques. Des progrès énormes ont été réalisés grâce aux méthodes traditionnelles d'amélioration génétique, mais cette approche peut s'avérer relativement longue. En bref, le croisement génétique traditionnel permet l'échange de segments de chromosomes portant un ou plusieurs gènes d'intérêt, et cette espèce de brassage génétique produit des sujets possédant des caractéristiques supérieures pour un phénotype donné. Il n'est cependant pas exclus que des régions de chromosomes échangés produisent en outre des effets négatifs pour des critères non sélectionnés. Jusqu'à tout récemment, il était difficile de déterminer quelle partie du génome a été modifiée. La mise au point de marqueurs moléculaires permet maintenant de mettre en lumière les événements de recombinaison, de faire un suivi généalogique des génotypes et d'élargir considérablement les possibilités d'accès aux gènes [3].

Dans un autre contexte, le génie génétique permet d'introduire dans un génotype donné un gène conférant tel ou tel caractère, comme la résistance aux insectes. Ainsi, il est possible d'obtenir chez un génotype quelconque le caractère recherché, dans un laps de temps relativement plus court. De plus, la multiplication du matériel transgénique (transformé génétiquement) n'est pas dépendante de la reproduction sexuée, puisque la multiplication des arbres peut se faire par culture in vitro. Ceci est également vrai pour le matériel non transformé génétiquement. Finalement, le transfert d'un gène conférant un caractère donné est possible, même si les organismes ne sont pas naturellement compatibles génétiquement (d'une bactérie à un arbre, par exemple).

La production de plantes transgéniques a débuté à la fin des années 70, grâce aux découvertes portant sur la bactérie du sol Agrobacterium tumefaciens [7]. Il s'agit d'une bactérie qui infecte plusieurs espèces de plantes et induit chez celles-ci la formation de tumeurs. En fait, cette bactérie possède la propriété de transférer naturellement une petite partie de son ADN, qui porte toute l'information génétique requise pour induire la formation de tumeurs. Des laboratoires européens et américains ont découvert qu'il est possible de remplacer par des gènes d'intérêt la région responsable de la formation de tumeurs et d'assurer ainsi leur introduction de façon naturelle chez la plante [12, 15]. Le développement de cette technologie a permis la production de plusieurs espèces de plantes transgéniques, mais presque exclusivement chez les plantes agricoles [8, 29]. Dans le cas des arbres, les premiers résultats positifs n'ont été obtenus qu'en 1987, chez le peuplier [11, 24]. Avant de décrire les différentes étapes de la transformation génétique du peuplier, j'aimerais mentionner un ouvrage récent, publié par le Service des forêts du USDA sous la direction de N.B. Klopfenstein et coll. L'ouvrage touche à plusieurs aspects du génie génétique du peuplier, et des sections portent notamment sur la culture in vitro, le génie génétique et les applications biotechnologiques [18].


Transformation génétique

Deux étapes sont essentielles à la transformation génétique. Dans un premier temps, l'ADN à introduire doit atteindre le noyau de la cellule à transformer. Cet ADN exogène ne remplacera pas un bout de chromosome existant mais ira plutôt s'insérer de façon aléatoire dans une région du chromosome. Dans la très grande majorité des cas, l'introduction d'un nouveau gène n'affecte pas l'expression génétique normale de la plante. Par la suite, l'ADN introduit peut être dégradé par la cellule ou bien être intégré aux chromosomes de la plante. Cette dernière possibilité donne lieu à une transformation génétique stable, et l'ADN introduit est transmis aux cellules descendantes par mitose. Ce même ADN peut être transmis aux générations suivantes lors de la formation des gamètes [22].

La sélection des cellules transformées est un élément important des méthodes de transformation génétique. Pour réaliser cette sélection après l'intégration de l'ADN exogène, on insère avec ce dernier un gène conférant à la cellule réceptrice une résistance à un agent de sélection spécifique (en règle générale, l'antibiotique kanamycine). Seules les cellules portant ce gène de résistance pourront survivre lorsque le matériel in vitro transformé sera mis en culture avec l'agent de sélection. Ce criblage permet ainsi de reconnaître les cellules transformées génétiquement. Par la suite, d'autres outils moléculaires permettront de mettre en évidence la présence de l'ADN introduit et de confirmer la transformation génétique.


Méthode d'introduction d'ADN par Agrobactérium

Pour le peuplier et la majorité des végétaux, la transformation génétique au moyen de l'Agrobacterium tumefaciens demeure une avenue simple et efficace [16, 29]. Comme je l'ai mentionné précédemment, il s'agit d'une bactérie du sol qui possède la propriété de transférer à la plante infectée une partie de son ADN, sous la forme d'un plasmide, et qui cause la formation de tumeurs. En fait, les gènes de l'Agrobacterium qui sont introduits chez la plante induisent la production d'enzymes impliquées dans la synthèse ou la modification d'hormones végétales. Lorsque ces gènes sont remplacés par des gènes d'intérêt, l'infection de la plante par l'Agrobacterium ne provoque pas la formation de tumeurs. Plusieurs génotypes de peuplier sont compatibles avec la méthode de transformation par l'A. tumefaciens [14, 17, 26], mais les techniques de transformation peuvent encore être améliorées, puisque certains génotypes résistent toujours à la transformation génétique.


Matériel végétal utilisé et sélection des transformants

La transformation génétique ne se limite pas à l'introduction d'un plasmide donné dans le noyau d'une cellule. Encore faut-il que cette cellule puisse survivre au choc de la transformation et de la sélection sur antibiotique. De plus, il est nécessaire de régénérer la plante entière. C'est ici que la culture in vitro a un rôle essentiel dans la transformation génétique. La culture in vitro consiste à multiplier des tissus végétaux (ou de simples cellules) dans un environnement spécifique dépourvu de micro-organismes. Ces lignées in vitro permettent d'obtenir du matériel uniforme (clonal) en quantité voulue, et il est possible de régénérer un arbre entier à partir d'une seule cellule. L'organogenèse, méthode privilégiée dans le cas du peuplier, consiste à régénérer la plante entière après la formation d'organes à partir d'un tissu ou de cellules isolées. Ces méthodes in vitro sont aussi utilisée pour la multiplication végétative d'arbres élites.

Les principales étapes de la transformation génétique et de la culture in vitro du peuplier sont résumées dans la figure suivante. Il faut généralement compter 8 à 12 mois pour ce processus, qui comporte environ 6 étapes. Deux composantes initiales sont nécessaires : un clone spécifique de peuplier, cultivé dans des conditions stériles in vitro, et la souche compatible d'Agrobactérium portant sur son plasmide les gènes à introduire. L'inoculation de l'Agrobactérium constitue la première étape et permet à la bactérie d'entrer en contact avec les cellules végétales et de les infecter. Par la suite, il y a dégradation ou incorporation de l'ADN provenant du plasmide d'Agrobactérium au sein du génome de l'arbre. Afin de favoriser la croissance des cellules transformées génétiquement, on ajoute un antibiotique au milieu de culture des cellules végétales, ce qui constitue l'étape de la sélection. Après avoir identifié les cellules transformées, on les multiplie afin de régénérer des plantules. Par la suite, les plantules in vitro sont transférées sur un milieu de culture, pour l'enracinement. Une fois les plantules bien enracinées, le matériel est soumis à l'acclimatation, en vue de son transfert en serre.


Exemples concrets

Résistance aux insectes

L'utilisation de la bactérie Bacillus thuringiensis (B.t.) pour la lutte contre les insectes ravageurs a fait l'objet de descriptions exhaustives par plusieurs auteurs [6, 13, 19]. La transformation génétique nous permet d'utiliser cet outil de lutte biologique dans une autre perspective. En fait, le gène qui code la toxine de cette bactérie a fait l'objet de modifications visant à ce que le code génétique soit bien reconnu par la plante, et on a ajouté un promoteur spécifique au plasmide afin d'assurer un bon contrôle de la production de la toxine chez la plante. De telles constructions génétiques, avec des gènes de B.t. spécifiques pour les différents insectes ravageurs (lépidoptères, coléoptères, etc.), ont été introduites chez plusieurs espèces de plantes. Mentionnons brièvement les travaux menés chez le peuplier dans plusieurs laboratoires [10, 20, 21], qui ont permis de produire des arbres transgéniques plus résistants aux insectes ravageurs.


Résistance à des pathogènes forestiers

Chez le peuplier, les pertes forestières causées par des infestations de champignons ou de bactéries sont importantes. Sans dresser une liste exhaustive de ces problèmes pathologiques, mentionnons la susceptibilité du peuplier aux chancres causés par des champignons des genres Septoria et Hypoxylon, aux taches foliaires causées par les Marssonina sp. et Septoria sp. et aux rouilles causées par les Melampsora sp. Les progrès récents en biotechnologie végétale ont permis la création de nouvelles variétés de plantes possédant une résistance accrue à divers pathogènes. Les gènes introduits pour obtenir cette résistance peuvent être responsables de la production de protéines antifongiques ou antibactériennes [9]. Différentes approches, actuellement au stade expérimental, permettront de déterminer l'efficacité de ces stratégies chez les arbres forestiers.


Modification de la lignine

L'extraction de la lignine des fibres du bois est une étape coûteuse et polluante de la production de pâte à papier. La mise au point d'arbres transgéniques possédant une teneur en lignine plus faible sans pour autant présenter des caractéristiques physiologiques défavorables est maintenant envisageable. La lignine est le composé organique le plus abondant de la biosphère, après la cellulose, et représente 15 à 35 % du poids sec des arbres. Les voies biochimiques de la synthèse de lignine ont fait l'objet de nombreuses recherches, et plusieurs gènes responsables des enzymes impliquées ont été caractérisés [2, 32]. Ces travaux ont permis la modification de ces voies métaboliques par génie génétique, et les résultats sont très prometteurs [5]. Certains de ces arbres transgéniques renferment en effet une lignine modifiée qui serait éventuellement plus facile à extraire [1].


Résistance aux herbicides

Chez le peuplier, la résistance aux herbicides faciliterait grandement la lutte contre la végétation compétitive dans les nouvelles plantations. Il existe principalement deux stratégies possibles pour conférer la résistance à un herbicide donné, soit l'introduction d'un gène mutant dont la protéine correspondante n'est plus la cible de l'herbicide et l'introduction d'un gène permettant la production d'une enzyme de détoxification de l'herbicide. L'obtention de résistances aux herbicides par génie génétique a été largement exploitée en agriculture. Jusqu'à présent, on a créé des peupliers transgéniques résistant à plusieurs types d'herbicides, tels le glyphosate et la phosphinotricine. On effectue en ce moment des tests sur le terrain avec des peupliers transgéniques résistant à certains herbicides, afin de déterminer leurs niveaux de résistance.


Autres applications

L'élimination des contaminants chimiques du sol au moyen d'organismes vivants constitue une nouvelle technologie environnementale qui a fait beaucoup de progrès. La plupart de ces méthodes de décontamination biologique sont fondées sur l'utilisation de micro-organismes (bactéries) capables de dégrader les substances toxiques. Une autre stratégie repose sur l'utilisation de plantes comme système de pompage et de décontamination. Il est possible d'augmenter par génie génétique la résistance de certaines plantes à certains métaux toxiques tel le cadmium [4, 23]. Dans le même ordre d'idées, l'utilisation de peupliers modifiés génétiquement pour éliminer les contaminants chimiques du sol est maintenant possible. Dans un cas, on a introduit chez le peuplier un gène provenant d'une bactérie capable de dégrader des substances toxiques, les chlorophénols. Ces arbres transgéniques possèdent la capacité de maintenir leur croissance dans les sols contaminés par les chlorophénols [27]. De plus, la présence de ces peupliers amène avec le temps une diminution des contaminants chimiques du sol. Finalement, le couvert végétal nouvellement formé prévient l'érosion du sol et la dispersion des contaminants et permet l'établissement d'un micro-environnement favorable aux micro-organismes du sol.


Dissémination des peupliers transgéniques

Après la mise au point des premiers peupliers transgéniques, des essais au champ ont été entrepris par différents groupes de recherche aux États-Unis et en Europe [28]. Globalement, les résultats de ces recherches ont démontré que les arbres transgéniques ne possèdent aucune caractéristique anormale. Ces essais, de même que les travaux portant sur les impacts potentiels de ces arbres transgéniques sur l'environnement, sont d'une importance capitale si on veut que le nouveau matériel soit bien accepté du public [25].

Dans la même optique, on a entrepris des travaux importants pour comprendre, au niveau moléculaire, le développement floral des arbres forestiers. Le but de ces études est de mettre en évidence certains gènes impliqués dans la formation des cônes ou des fleurs. Il sera alors possible, grâce aux outils du génie génétique, de bloquer le développement floral. Ceci rendrait plus acceptable, dans un premier temps, l'utilisation des arbres transgéniques, en empêchant la propagation de l'ADN modifié dans le milieu naturel.

Une approche similaire, utilisant différents gènes impliqués dans le développement floral, peut servir à accélérer la formation des organes floraux. Ces gènes, dits homéotiques, ont été isolés chez une plante nommée Arabidopsis thaliana, apparentée à la moutarde (famille des Brassicacées). Un de ces gènes, LEAFY, est impliqué dans le déclenchement du développement floral d'Arabidopsis [30]. Une construction génétique permettant une forte expression du gène LEAFY a été introduite chez le peuplier et a eu pour effet de réduire considérablement le temps nécessaire à la maturité florale [31]. La mise au point d'arbres capables de se reproduire plus rapidement serait un atout indéniable pour l'accélération des programmes d'amélioration génétique.


Perspectives

Le génie génétique des arbres forestiers représente un investissement majeur qui peut s'avérer très profitable à long terme. Il suffit ici de mentionner la protection accrue que la biotechnologie des arbres offre contre les ravageurs forestiers. Dans le présent article, j'ai brièvement décrit les progrès réalisés dans le cas du peuplier. Jusqu'à présent, il est clair que ces progrès sont fortement dépendants des technologies mises au point pour les plantes d'importance agronomique. L'effort de recherche en biologie moléculaire végétale, dans le domaine de l'agriculture n'est aucunement comparable avec ce qui ce fait en foresterie. Néanmoins, un nombre important de gènes impliqués dans différents processus physiologiques des arbres sont présentement à l'étude. Ces connaissances sont essentielles à une bonne intégration des biotechnologies aux travaux d'amélioration des arbres.


Références

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2. Boudet AM, Lapierre C, Grima Pettenati J: Biochemistry and molecular biology of lignification. New Phytol 129: 203-236 (1995).

3. Bradshaw HD, Jr.: Molecular genetics of Populus. In: Stettler RF, Bradshaw HD, Jr., Heilman PE, Hinckley TM (eds) Biology of Populus and its implications for management and conservation, pp. 183-199. NRC Research Press, Ottawa (1996).

4. Brandle JE, Mchugh SG, James L, Labbe H, Miki BL: Instability of transgene expression in field grown tobacco carrying the csrl-l gene for sulfonylurea herbicide resistance. Bio/Technology 13: 994-998 (1995).

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6. Cannon RJC: Bacillus thuringiensis in pest control. In: Hokkanen HMT, Lynch JM (eds) Biological Control: Benefits and Risks, pp. 190-200. Cambridge Univ. Press, Cambridge (1995).

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9. Cornelissen BJ, Horowitz J, van Kan JA, Goldberg RB, Bol JF: Structure of tobacco genes encoding pathogenesis-related proteins from the PR-1 group. Nucleic Acids Res 15: 6799-811 (1987).

10. Cornu D, Leplé JC, Bonadé-Bottino M, Ross A, Augustin S, Delplanque A, Jouanin L, Pilate G: Expression of a proteinase inhibitor and a Bacillus thuringiensis _-endotoxin in transgenic poplars IUFRO Meeting on Somatic Cell Genetics and Molecular Genetics of Trees, pp. 131-135. Kluwer, Dordrecht (1996).

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Last edit: 2006-12-19